Hier matin à Varanasi, nous avons passé un moment avec Sunel et Ramu, à la terrasse d’un restaurant qui faisait du reste, d’exquises tartes aux pommes parfumées à la cannelle, un régal de trouver une adresse comme celle-ci!
Nous avons longuement discuté une dernière fois avec eux, je sais que ces deux là vont me manquer quand je serais rentrée en France, surtout le petit Ramu qui était tellement attachant.
« Plus tard, je lui ai demandé, tu sais ce que tu feras?
- Tu sais, je n’y pense pas, je préfère ne pas y penser parce que pour l’instant, je suis encore un enfant et je ne veux pas m’occuper l’esprit avec ces choses là… plus tard on verra…
- Tu es un enfant mais tu sais que tu es différent de plein d’autres enfants! Parfois tu parles même comme un adulte, et tu connais beaucoup de choses pour un enfant de ton âge.
- Je suis né à Varanasi et c’est normal que je connaisse bien…
- La plupart des enfants et même des adultes en France, n’en connaissent pas autant sur leur ville et leur vie… »
Ramu il est comme ça: il va vous raconter l’histoire des dieux Hindous, les « pujas » (cérémonies) et les fêtes qui ont lieu ici, sa vie, ses amis, sa famille, sur un ton assez sérieux, et puis il redevient un enfant quand il saute dans le Gange et que du haut d’une balustrade il crie mon nom en me faisant de grands signes pour que je le regarde plonger!
Et ensuite, il vous sort des phrases comme:
« Tu sais chez nous à Varanasi, l’argent ça va, ça vient, mais ce n’est que de l’argent, parfois on voit de belles choses et il faut savoir en profiter … »
!!!!! Que dire après ça?
Je suis allée ensuite récupérer chez un marchand de soie une douzaine de petite pochettes que j’avais demandé à faire faire la veille au dernier moment: dans un magasin d’ici, j’avais vu une trousse sublime, mais c’était la dernière, du coup, j’ai choisi les tissus et j’ai donné le modèle à un magasin pour qu’on me le reproduise à l’identique : je pense que le marchand de soie a dû faire travailler son tailleur toute la nuit pour qu’elles soient prêtes à temps, mais je suis ravie, elles sont magnifiques et toutes avec des coloris différents, j’adore!
De retour à Delhi vers 18h, nous avons posé nos affaires à l’hôtel puis nous sommes redescendu dans Main Bazar pour faire nos derniers achats avant de rentrer. Partis avec deux sacs à dos, nous revenons avec 2 sacs supplémentaires… heureusement qu’on s’était chargés au minimum! Mais l’Inde est le paradis du shopping, impossible de résister, il y a trop de belles choses, et différentes dans toutes les villes.
Pendant que nous étions ici, Séb a acheté des livres… qui parlaient de l’Inde bien entendu! On trouve beaucoup de marchands de livres dans toutes les langues ici, et outre un magnifique livre de photographies très originales sur Bénarès (les photos de ce livre sont juste hallucinantes, ça devrait plaire à tous les amateurs de photo) nous avons 4 romans.

Le plus amusant est « Vacances Indiennes » que l’on recommande à tous ceux qui sont partis en Inde ou ceux qui vont partir! Toute personne qui a voyagé dans ce pays un peu à la roots se dira forcément:
« Mais c’est exactement ça! J’ai pensé exactement la même chose! Et il m’est arrivé les même trucs! »
Ce n’est pas le livre de l’année, mais c’est rapide et très divertissant à lire, et je dirais même: c’est encore plus drôle lorsqu’on est sur place et qu’on vit ce que raconte l’auteur!
« La Cité de la Joie » qui comme son titre de l’indique pas est tout sauf un livre joyeux, Séb l’a terminé et je le lis en ce moment.
Je crois qu’un film a été réalisé il y a quelques années avec Patrick Swayze dans le rôle principal qui arrive dans un ghetto appelé « La cité de la joie » et qui apprend à danser le mambo et le cha-cha-cha à tout un groupe d’Indiens. Ensuite il devient prof de philo champion en arts martiaux qui fait videur de boite de nuit, puis un jour, alors qu’il part faire du surf pour trouver LA vague, il se fait tuer, dommage pour lui.
Ensuite il devient un fantôme et cherche à contacter sa copine qui vit dans la cité de la Joie.
A la fin il la trouve et va retourne au ciel pour danser et surfer en lisant du Kant.
Je crois que ce film est juste du grand n’importe quoi en fait…
Bref, le livre « La cité de la Joie« , c’est une histoire dure mais très belle dans laquelle les héros se croiseront tous à Calcutta dans les années 60. Les descriptions sont poignantes, l’histoire très dure, émouvante … surtout quand on se rend compte que les choses sont presque toujours les même, 45 ans plus tard.
Lire ce livre ici même lui donne une autre dimension, puisque les rues, les gens, la pauvreté… c’est juste en bas, dehors…
Le jour où Séb a terminé ce livre, je ne sais pas ce qui lui a pris, mais il a eu une journée « bonté » où il s’est mis à filer des pourboires et des pièces à tous les pousse-pousse, rickshaw et mendiants!
« Mais enfin qu’est ce qui t’arrive???? j’ai demandé
- Rien, c’est à cause du livre, lis le, tu verras! BOUHOUHOUHOU!!!!!! »
Bon maintenant c’est passé, il a arrêté de filer des pièces à tout le monde parce qu’il s’est rendu compte qu’il n’allait pas résoudre la misère ici. (hin hin hin )
Mais en lisant à mon tour ce livre, je comprends… peut-être que ce chauffeur de rickshaw est lui aussi parti de sa campagne pour trouver du travail en ville afin de subvenir aux besoins de sa famille, peut-être que comme des milliers d’autres, il dort dans la rue, dans son rickshaw… et cette famille sur le trottoir… ces gens ont tous des histoires à raconter, et ça ne doit pas être facile à entendre…
« Les enfants de Minuit« , Séb a commencé, mais n’a pas trop accroché au style d’écriture, du coup, il est plongé dans « Cette nuit la liberté« , du même auteur que « la Cité de la Joie ». Il me dit que pour le moment c’est bien.
Voilà, c’était pour le côté « intello » du voyage tout ça…
Tout à l’heure, nous rentrons… avec Séb, nous avons dressé un bilan de ces vacances Indiennes, et bien qu’il y ait eu parfois des moments assez pénibles, les températures excédant les 35° n’aidant pas toujours à bien tenir le choc, nous sommes heureux d’avoir fait tout ça. Nous nous sommes amusés à nous poser des questions auxquelles nous avons répondu séparément de notre côté, sans voir d’abord ce que répondait l’autre.
Voici ce que ça donne.
- Alors finalement, l’Inde ça t’a plu ou pas?
Séb: Oui l’Inde m’a plu… autant que j’ai pu la détester des fois… Pour l’instant tout est un peu confus, mais plus le départ s’approche plus je me mets à regretter de devoir partir… c’est bon signe, non?
Maï-Ly: Je peux dire maintenant que j’ai détesté autant que j’ai aimé!
C’est très étrange comme sentiment, il y a un espèce de côté « passionnel » avec ce pays si on peut dire. Peut-être que plus on reste, plus on finit par l’aimer ce pays?
- Qu’est ce que tu as aimé?
Séb: Le « dépaysement extrême » : je n’ai pas été dans énormément d’endroits dans le monde (mais bon j’ai pas passé ma vie en France non plus) mais je ne me suis jamais retrouvé dans un pays dans lequel je me sentais à ce point « ailleurs ».
ML: bien sûr, les bâtiments, monuments que l’on a visités c’est beau, et tout et tout, mais c’est très restrictif de dire « l’Inde c’est beau parce que y’a des palaces, de beaux paysages et le Taj Mahal », parce que ce n’est pas que ça. Alors j’ai aimé ces choses là certes, mais j’ai surtout aimé être spectatrice d’ambiances, voir comment les gens vivaient… parce que tout ça est bien à l’opposé de ce que nous vivons chez nous.
Et puis j’ai aimé les 2 rencontres que nous avons faites… et les cheese garlic nans!
- Qu’est ce que tu n’as pas aimé?
Séb: Le « dépaysement extrême » : y a eu des fois où j’ai eu du mal à m’y faire. Dans tous les voyages que j’ai pu faire avant, passé 3-4 jours le choc culturel s’estompe. On est ici depuis 4 semaines et des fois je sais toujours pas bien ce que je fais ici…
ML: trop de bruit en général… les gens sont bruyant, la télé, la radio, la musique (même dans les temples) leurs sonneries de téléphone, sans parler des concerts de klaxons … tout hurle partout en permanence.
- Ton meilleur souvenir?
Séb: Comme dans tous les voyages qu’on fait, c’est la sortie de l’aéroport : la première bouffée d’air non conditionné, la meute de taxis qui attendent, à ce moment là je me dis : « Ca y est, les vacances commencent!! »
Non en vrai, mon meilleur souvenir c’est le premier soir à Agra : l’heure qu’on a passée derrière le Taj Mahal: plein d’enfants, pas trop de touristes, le coucher de soleil le plus incroyable de toutes les vacances qui donnait l’impression que tout était orange, Maï-ly qui « jump ze Taj Mahal »…
ML: la balade à cheval à Udaipur est sans conteste l’un des meilleurs moments puisque nous avons été coupés de tout et au calme pendant 4 heures. Bien entendu, voir le Taj Mahal en vrai… ça fait aussi quelque chose.
Et puis l’ambiance de Varanasi a quelque chose de particulier qui ne m’a pas déplu.
- Ton pire souvenir?
Séb: Il y a trois jour à Varanasi : Il faisait une chaleur pas imaginable, on a passé la journée a « galoper » dans les ruelles étroites de old city. Fatigué, j’ai eu un peu de mal à supporter l’odeur, la crasse, le bruit, le chien (vivant) qui se faisait bouffer par les asticots, les éclopés, les mendiants, les lépreux, les crémations, la bouse, les poubelles, les égouts… J’ai vomi en rentrant à l’hôtel. Ce jour là je me suis dit : « là, c’est trop pour moi!! »
ML: l’arrivée à Delhi! Un peu effrayante, mais pas longtemps heureusement. Et puis la fois où nous nous sommes arrêtés sur la route à 3h du matin et que tout le monde nous regardaient et qu’on avait peur des gens.
- Ce qui te manquera?
Séb: Etre loin de chez moi, changer de maison tous les trois jours.
Le pays me manquera aussi, regarder les gens s’activer depuis une terrasse, les bruits, les odeurs (oui des fois ça sent bon les épices, l’encens, la nourriture!!).
ML: Ramu va me manquer. Et puis les éléphants et les singes dans les rues. Même les gens ils vont me manquer…
Et ce qui me manquera en rentrant, c’est de ne plus partir à la découverte d’une ville nouvelle tous les 4 ou 5 jours!
Et puis l’ambiance de Main Bazar à Delhi, ça va me manquer aussi… tout à l’heure en partant alors que je venais de faire mon tatouage au henné, j’ai regardé tout ça une dernière fois et je me suis dit: « Finalement, c’est drôlement attachant ici tout de même ». Etrange non?
- Ce qui ne te manquera pas?
Séb: Me faire dévisager en permanence, les commerçants et les négociations sans fin pour acheter un paquet de clopes au prix indiqué sur le paquet. Les sollicitations des Rickshows – Vendeurs – Tours Operators.
Avoir l’impression d’être un extra terrestre multi milliardaire.
ML: là tout de suite? l’hyper chaleur! Je vais être heureuse de retrouver des températures plus fraiches! Le manque d’hygiène trop extrême, les odeurs qui puent, les gens qui nous harcèlent et les sales types qui me matent ne me manqueront pas. Les gens qui crachent ici (parce que cracher c’est culturel) ça me manquera pas non plus… les flaques rouges des crachats au bétel par terre et sur les murs… beeuuuhhh…
Je suis ravie de revenir à Paris pour redevenir anonyme sans que personne ne fasse attention à moi ou ne parle.
- La nourriture indienne, finalement, c’est comment?
Séb: C’est de la grosse ragougnasse… J’ai pas super apprécié les curry, mais j’ai ADORÉ les tandooris (viande grillé dans le tandoor). La nourriture est super grasse, j’ai eu un peu de mal avec ça.
ML: Beeuuuhhh… Pas bon!!!!!! Non, pas tout quand même… mais je ne me suis pas régalée tous les jours… Je n’ai pas raffolé de la nourriture dans son ensemble, beaucoup trop riche et indigeste… … surtout quand il fait chaud. Et puis c’est toujours trop salé, trop épicé, trop sucré ou tout à la fois. Je ne trouve pas que ce soit une nourriture hyper fine… ça manque de variété (patates, poulet, lentilles, gras, mouton…) mais c’est mon point de vue en comparaison avec d’autres types de nourritures.
- Et les gens, ils sont comment?
Séb: Les gens ils sont pauvres et surtout ils pensent que nous on est « blindés », du coup c’est pas super évident de les cerner les gens… Je reste persuadé que les indiens sont des gens très sympas (OUI, on a rencontré des gens gentils pendant ce séjour) mais nos relations avec eux sont souvent faussées par ce rapport à l’argent.
Mais bon, beaucoup d’indiens vivent un enfer : ils ont pas des masses de fric, vivent dans des placards où il fait 45°, bossent comme des fous pour pas mourir de faim, on ne peut pas leur en vouloir non plus d’essayer de nous gratter 20 ou 30 cents…
ML: les hommes sont insupportables à plus de 80%, les vendeurs à 95%. Les gens harcèlent les touristes et ne voient en eux que des pompes à fric. Certains ont compris mieux que d’autres la façon la plus intelligente de procéder, mais c’est rare.
En même temps… les gens sont tellement pauvres… ça peut se comprendre. Mais au bout d’un moment, ça tape sur les nerfs et notre patience s’en va.
Mises à part les quelques personnes avec qui on a plus amplement parlé, ce n’est vraiment pas évident de se faire une idée sur les gens en général en si peu de temps. Pourtant, dès qu’on parle un peu avec eux, même un commerçant, et bien on apprend des tas de choses sur la façon dont ils vivent… et c’est dur de vivre ici. Les gens d’ici sont sacrément courageux il faut le reconnaître.
Par contre, à cause de l’attitude des hommes en général, je sais que jamais je n’aurais pu faire ce voyage seule. ça aurait été invivable pour moi.
- Tu auras envie de revenir?
Séb: Oui, mais pas au nord et pas l’an prochain…
ML: curieusement… oui! Mais pas tout de suite. Et pas au Rajasthan. Si je retournais en Inde, j’irais dans quelques villes du sud, pour voir si c’est différent… ou pas.
Ce pays a quelque chose qui ne laisse pas indifférent, peut-être qu’il faut y aller plusieurs fois et l’ »apprivoiser » pour qu’il devienne plus « familier »? Je ne sais pas.
- Alors en résumé, ces vacances?
Séb: Je vais citer le héros de vacances indiennes : « voyager en inde, c’est plus marrant de l’avoir fait que de le faire »
ML: Je suis super contente d’avoir fait ce voyage avec Sébastien en tous les cas, ça n’aurait pu être personne d’autre de toute façon. (ha si, j’aurais pu voyager avec mes frères aussi! ça aurait été cool!)
J’avoue qu’on en a bien bavé souvent et que c’était pas tous les jours facile… cependant, pas une seule fois je n’ai été découragée ou dégoûtée au point de me dire: « Bon j’en peux plus, maintenant je veux rentrer chez moi », ou bien « Bon on se paye quelques nuits dans un hôtel de luxe parce que ras le bol de la misère et des hôtels bof « (et pourtant nous aurions pu le faire)
Il fallait aller jusqu’au bout, et on l’a fait!
Qu’est ce que c’était bien quand même! Je rêvais depuis longtemps de faire ce voyage… mais ça va être plus facile d’en parler une fois que c’est passé! Avec l’Inde, on teste ses limites et on les repousse loin, ça c’est sûr… on revient de ce type de voyage un peu différent, et c’est ça qui est bien. C’était de très bonnes vacances.
Je suis contente d’avoir écrit ce blog au jour le jour, comme on ressentait les choses sur le moment, je pense que ça va nous faire rire de relire tout ça dans quelques temps.
Et puis bien sûr merci à tous ceux qui ont vécu ce périple avec nous de loin, merci pour vos commentaires et vos gentils mots, ça nous faisait drôlement plaisir quand nous vous lisions d’ici, une petite coupure avec ce qui se passait dehors ici… Merci merci!!!
Et puis pour finir enfin, je voulais mettre cette petite video de Ramu (ça dure 30 secondes)
Il m’avait récité un poème qui circule ici et qui m’avait fait beaucoup rire, j’adorais la façon dont il le disait.
La qualité de l’image est nulle à cause de la compression sur Youtube, le son n’est pas très fort, mais peu importe, moi ça me rappelle exactement comment il est, avec son sourire, son attitude et sa voix.
Le poème est le suivant, mais il le dit dans le désordre dans la video… peu importe c’est un drôle de poème, surtout quand il est dit par en enfant de 10 ans…
« No hurry, no worry
No chicken, no curry
Don’t worry
Chai, chilom, chapati
Shiva meet Parvati
Ola ola, Coco Cola
Mira, mira, not cashmira
No water, no shower
Full power, 24 hours
No wife, no life
But I don’t know why I have a good life »
